Le cuir dit « végétal » porte, rien que par son nom, son lot de contradictions. En effet, au-delà même de l’oxymore et par définition, il s'agit de la peau d'un animal, une peau qui a été transformée et qui fait référence à son type de tannage : un tannage végétal. Employé pour sa connotation éthique et naturelle par les marques et créateurs de modes bio, cette appellation trompe bien souvent les acheteurs qui pensent acquérir un « cuir »  issu d'arbres et de plantes.

quartier-tanneurs-Fes.jpgLe tannage du cuir consiste à transformer les peaux animales en cuir par un traitement chimique qui modifiera entre autre, sa souplesse et sa résistance. On parle de tannage minéral lorsque sont utilisés les sulfates de chrome, dans la grande majorité de la production mondiale de cuir, et plus rarement, les sels d'aluminium ou les sels de zirconium.
Si le tannage au chrome est le plus fréquent, c'est parce qu'il est d'emploi plus rapide et d'un coût moindre. En revanche, on ne peut lui vanter de qualités environnementales et sanitaires pour les ouvriers des tanneries, malgré les nouvelles réglementations qui se veulent de plus en plus strictes. (le chrome 3 est « autorisé », en revanche le chrome 6, dérive du premier, est normalement interdit).

Pour ce qui est du tannage végétal, c'est une vieille histoire qui date du temps des premiers hommes. Aujourd'hui, le savoir-faire de nos ancêtres a évolué et l'on distingue plusieurs sources de tanins végétaux, tels que les bois, les écorces, les racines ou les feuilles de différentes espèces végétales, pour des rendus tous aussi différents. Le cuir végétal peut s'obtenir au bout de 10 jours ou aussi bien après 8 semaines, selon son traitement, alors qu'un cuir au tannage chimique sera prêt en 24h.

Néanmoins, on ne peut enlevé au tannage végétal, dans la plupart des cas, des modifications chimiques et la certaine pollution engendrée par ses traitements industriels (coupe des arbres, traitements pour l'extraction des tanins...), même si le tannage minéral est incomparablement plus polluant avec l'emploi de ses métaux lourds tels que le chrome, et ses produits déversés dans les sols et rivières.

En fin de compte, si l'industrie de la mode préfère mettre en avant le côté écologique du tannage du cuir, elle se garde bien en contrepartie de communiquer sur les procédés  plus polluants de la chaîne de production du cuir, comme les émissions de sulfure d'hydrogène, les pesticides, conservateurs et solvants en tout genres.


Le véritable cuir végétal ou « éco-cuir »

 

Richard Wool est un professeur et ingénieur américain récompensé en 2014 par le World Green Design Award, le grand prix des innovations écologiques. Il a conçu un « éco-cuir » en associant des matières naturelles comme le coton ou le lin avec le maïs ou le soja, ainsi qu'avec des huiles végétales. Le produit de ses recettes aboutit à une matière qui présente des caractéristiques similaires au cuir. Résistant à l'eau, perméable à l'air et robuste, l'éco-cuir coûterait moins cher en production et serait biodégradable. S'il n'est à ce jour pas encore commercialisé, les grandes marques de sport telles que Adidas ou Nike étudient sérieusement le sujet. Cette innovation technologique est décidément une alternative éthique et écologique qui promet à ce cuir végétal de faire beaucoup parler de lui dans les années à venir. 


La petite famille du « cuir vegan »


14199312_675099969310162_6685917310924397510_n-800x800.jpgLe cuir d'ananas
Cette invention espagnole appelée « Piñatex » est fabriquée à partir des feuilles de l'ananas. Ce sous-produit des récoltes de fruits est biodégradable et à l'impact environnemental minime. Les fibres des feuilles récoltées et après mixtion présentent un matériau résistant et souple et comparable au cuir. On peut en prime lui attribuer la texture que l'on souhaite.

Le cuir d'eucalyptus
Les fibres issues des feuilles d'eucalyptus offrent également un matériau très résistant après transformation. Sans pesticides et en circuit court uniquement, le cuir d'eucalyptus est actuellement produit en Allemagne.

Le cuir de champignon
C'est une matière dénommée « Muskin » qui s'obtient à partir des chapeaux de champignons et sans tannage chimique. Élaboré en Italie, ce cuir de champignons est à la fois biodégradable et parfaitement écologique. Sa ressemblance avec le daim serait à s'y méprendre et on lui vente ses qualités de souplesse. Perméable à l'air et naturellement déperlant, cette matière organique empêcherait aussi le développement des bactéries.

Le cuir d'hévéa
C'est au Brésil que l'on fabrique le « tissu de la forêt » ou cuir d'hévéa. A partir de la sève de la plante, on obtient un latex végétal et 100% écologique et aussi résistant et souple qu'un cuir.

Le liège
Aujourd'hui, on le retrouve ordinairement dans la maroquinerie. Parce qu'il est totalement naturel, léger, imperméable et résistant, l'utilisation du liège est de plus en plus développée et il peut être utilisé de la même façon que le cuir. On le récolte de l'écorce du chêne liège et sa conception est éthique et sans impact environnemental.


Il existe encore bien d'autres alternatives à la peau animale. On pourrait aussi parler de cuir de thé de kombucha, des algues ou du cuir à base de résidus de raisin... Dans tous les cas, il est sûr que nous n'avons pas fini d'entendre parler du cuir végétal et que le cuir, au sens large du terme, voit sa famille s'agrandir au fil de son histoire millénaire et n'a décidément pas fini de nous surprendre et de nous apprendre à vivre avec notre temps.