Qu'est-ce que le cuir et d'où vient-il?

On le trouve partout : pour se chausser, pour se vêtir,  pour transporter, pour embellir ou protéger des objets... bref cette matière est utilisée depuis des milliers d'années dans notre quotidien. Mais savez-vous exactement ce qu'est le cuir ? De quel animal et de quelle partie ? Existe-t-il plusieurs plusieurs finitions et qualités ?

 

Le cuir, c'est quoi exactement ?

 

On nomme « cuir », la transformation d'une matière putrescible (la peau d'un animal), en un produit durable et imputrescible. Pour avoir un article fini, il faut faire appel au mégissier ou au tanneur. Le premier va traiter les peaux de chèvre, chevreau, mouton et agneau, et le deuxième toutes les autres (bovins, mais aussi reptiles). Il est donc normal que nous retrouvions régulièrement des usines de délainage à côté, ou directement associées, à celles de mégisserie. Par définition sont donc excluent de cette dénomination, toutes les matières non issues de la transformation de la peau animale. 

La fabrication du cuir

L'industrie de lait et de la viande est étroitement liée à celle du cuir. L'un ne va pas sans l'autre. Il va donc de soit, que cette filière soit aussi concernée par le bien-être de l'animal. On dit à raison qu'un animal maltraité ne donne pas une belle peau. De fait, depuis des années le Syndicat Général des Cuirs et Peaux (SGCP), la Fédération Française de la Tannerie Mégisserie (FFTM) et le Conseil National du Cuir (CNC), aidés de CTC, mènent des actions de sensibilisation auprès des éleveurs et des abatteurs pour les inciter à vacciner les animaux, leur administrer des traitements antiparasitaires, améliorer les installations d’élevage et les conditions de transport. L'environnement est aussi au coeur de cette filière florissante. Les entreprises de la tannerie mégisserie sont soumises à la législation française et européenne sur les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE).

 

Cuir, une appellation protégée et réglementée.

 

« L’utilisation du mot « cuir » […] est interdite dans la désignation de toute autre matière que celle obtenue de la peau animale au moyen d’un tannage ou d’une imprégnation conservant la forme naturelle des fibres de la peau. » - article L.214-1 du code de la consommation – Il existe des matières pouvant qui ressemblent, qui sont issues de fruit ou de légumes, comme l'ananas ou le champignon, mais il ne peut y avoir le mot cuir associé à cette matière. L'imiation est aussi un problème pour cette filière. Les consommateurs sont régulièrement piégés par des matières qui imitent ses dessins et son aspect visuel. Il faut parfois être un fin connaisseur pour les différencier. Attention donc aux dénominations tannage végétal (transformation avec des tannins végétals) et vegan (matière non issue de la transformation de peaux animales).

Autre problème, il existe depuis quelques temps des matières issues du cuir, mais qui n'en est pas. C'est simplement une matière composée de poussière de cuir, de colle et autres produits inconnues. Donc vous pouvez avoir des chaussures arborant le logo de cette noble matière sur ses semelles, mais pour autant ces dernières ne sont pas en cuir véritable. Pour plus d'informations, je vous invite à lire notre article sur la définition des logos des étiquettes des souliers.

AutreCuirCuir_Enduit.giftextile.gifDessus_de_la_chaussure.gifSemelle_exterieure.gifSemmelle_et_doublure_exterieure.gif

 

Au départ, le cuir est une peau.

 

La peau fait partie du Cinquième Quartier (toute partie de l’animal autre que la viande). Cette matière périssable doit suivre des procédés très strictes, pour être utilisée par la suite sur des chaussures, des sacs, des canapés... Sur les sites d’abattages, la peau est rigoureusement séparée de l’animal. Le gras et les muscles sont enlevés, cette opération se nomme le parage. 

L'élaboration du cuir

Ensuite, vient tout le procédé du tannage et de la conservation des peaux. C'est lors de ces étapes que la matière prend sa forme définitive : lisse, daim, nubuck... mais aussi sa teinte. Parmis ces procédés vous allez retrouver : 

Le salage des peux en cuir

 

Le salage : les peaux sont recouvertes de sel pour éviter leur dégradation et afin d'éliminer l'eau. Elles sont empilées les unes sur les autres afin de faciliter l'écoulement de la saumure. Cette étape peut aussi être réaliser en foulon (Tonneau tournant sur son axe, rempli d’eau et d’agents tannants)

 

Le saumurage des peaux en cuir

 

 

Le saumurage : les peaux sont plongés dans des bains remplis d'une solution saline.

 

 

 

 

Le séchage des peaux en cuir

 

 

 

Le séchage : Les peaux sont exposées à l’air libre ou en étuve afin de permettre leur déshydratation, avant pliage et stockage dans des chambres froides.

 

 

Le tri des peaux en cuir

 

 

 

Le tri : avant dêtre vendues aux différents tanneurs ou négociants, ces peaux brutes sont triés et classées en fonctions de leur qualité, leur poid et évidement leur espèce.

 

 

 

 

 

Le travail de rivière

 

Cette étape a pour but d'éliminer  l'épiderme, les poils et les tissus graisseux ainsi que de nettoyer les peaux afin d'améliorer la pénétration des agents tannants. 

Travail de rivière fabrication du cuirLa trempe ou reverdissage : on hydrate la peau, pour lui redonner un taux d'hydration optimal pour les étapes suivantes. On élimine toutes les impuretés et on ajoute de l'antiseptique pour évituer la putréfaction de la peau.

L'épilage et le pelannage : on va utiliser des produits chimiques pour détruire la kératine, pour qu'ainsi tous les poils soient éliminés. Le pelannage consite à dégrader la fibre, pour les tannins pénètrent plus facilement lors des étapes du tannage. C'est grâce à ce procédé que l'on peut donner plus ou moins de souplesse à la matière.

L'écharnage : à l'aide d'une machine nommé écharneuse, on supprime les tissus sous-cutanés, pour ne conserver que le derme, et ainsi avoir notre peau prête pour passer en tannerie.

La dernière étape est donc le tannage, mais nous l'abroderons lors d'un prochain article.

Vous l'aurez compris, le cuir est un produit qui regroupe plusieurs métiers et savoir-faire. Ceci explique que votre veste en cuir véritable est plus cher qu'un blouson en simili-cuir. Mais ceci explique aussi pourquoi il faut l'entretenir et le nourrir avec de bons produits comme le cirage, et bien le protéger pour qu'il dure dans le temps.

Source et Graphiques : Conseil National du Cuir



Les cirages de chez Bisseuil & Huet

cirage-electra.jpg

Tout le monde ne parle que de Famaco et Saphir comme marques de cirage français pour le cuir , mais bien avant eux, de nombreux petits et gros fabricants se bousculaient pour vendre cette pâte. L'un des plus gros était P. Bisseuil , une manufacture de boîtes métalliques. L'entreprise développa plusieurs nom dans le domaine de la cire d'entretien : Le Cirage des Dames, Sans Rival, Electra, Flambo...

 

Les années 1900, l'âge d'or pour le cirage

 

Il faut savoir que tout au long de la première moitié du XXème siècle, la France est dominait le marché européen de la production de crèmes pour chaussures. On pouvait compter même jusqu'à plus de 110 fabricants en 1920, rien que dans le région Parisienne. Le mode de consommation et la mode était largement différente qu'aujourd'hui. Les gens ne possédaient qu'une seule paire de chaussure toute en cuir qui valaient très cher pour l'époque. Il était donc promordial de les conserver le plus longtemps possible. 

En 1872, la manufacture P. Bisseuil voit le jour. Elle fabrique les fameuses boîtes métallique qui contiennent le produit pour l'entretien du cuir. Pour avoir une idée de la quantité de produits consommés, en 1889 l'Europe fabriquait plus de 30 000 tonnes de cirage, dont les 2/3 venaient de France. La demande en boîte en fer-blanc explosait. C'est grâce à cette forte demande que l'entreprise parisienne se développa et changea plusieurs fois de locaux pour s'agrandir. Elle reçue également de nombreuses récompenses pour son savoir-faire, comme en 1879 à Sydney, en 1882 à Bordeaux, 1883 à Amsterdam...

bisseuil-_-huet-cirage.jpg

Les cirages Electra et Flambo

 

En plus de la fabrication des boîte, l'usine va concevoir le produit en lui-même. Ce qui donner des marques comme Cirages des Dames (1891-1900) Le Cirage Sans Rival (1895-1925), le plus connu Electra (1910-1960). Des associations entre plusieurs marques se feront au fil des années. En 1948 par exemple, Flambo rejoint le groupe pour donner au final le nom Bisseuil & Huet-Flambo.

 flambo-lanoline-cirage.JPGcirage-et-produits-flambo.jpg

La marque cependant ne résistera pas à l'arrivée de la grande distribution et du changement de consommation des clients. Le 11 Avril 1985, elle est mise en règlement judiciaire. Avel, marque alors en plein développement au niveau européen, rachète la marque et les usines. Ainsi disparaît P. Bisseuil & Huet-Flambo, dépassé par le changement soudain de la mode et l'arrivée de nombreux concurrents asiatiques.

 

Source : 1001 Histoires de Boîtes à Cirage - Laurent Vernay - Edition Shiraz

 



Visite de l'usine de fabrication de cirages Famaco

Famaco nous a ouvert ses portes pour que nous puissions découvrir le monde secret et la face cachée de la fabrication des cirages et autres produits d'entretien du cuir. Créée en 1931, cette entreprise familiale est rendue à la troisième génération. Bruno et Audrey Pfirter nous laissent pénétrer le temps d'une journée, dans les sous-sols et les dédales le la maison mère.

 

IMAG3361-min.jpg

 

Famaco, le plus grand fabricant de produits pour le cuir de France

 

Placés à Châtillon sous Bagneux, les bâtiments ne dévoilent rien de se qui se passe à l'intérieur. Seule une enseigne arborant le célèbre logo de la marque, nous indique que nous sommes au bon endroit. Le soleil vient à peine de se lever, que les petites mains des ouvriers sont déjà à l'oeuvre. Le ballet des camions ne fait que commencer. Déchargement de matières premières, expédition des commandes, livraison en directe dans la capitale... le conducteur du fenwick a dû développer une grande dextérité pour se faufiler entre les cartons et les palettes. Car il faut se le dire, les locaux sont devenus un peu étroit pour la marque.

Les cartons sont nombreux. Pas de quoi être étonné, le catalogue de produits est très complet : cirages, pâtes, laits nettoyants, teintures, imperméabilisants, lacets, embauchoirs... de quoi satisfaire tous les amoureux des chaussures en cuir. Les locaux sont anciens, les pièces et les recoins nombreux, l'urbanisme parisien en somme. Des agrandissements ont eu lieu au fil des ans, mais fort de son succès, Famaco manque de place. C'est pour cela que Bruno Pfirter, co-gérant avec sa sœur Audrey, cherche à s'étendre encore.

 

Depuis sa création, la marque française ne cesse de se développer. Des débuts discrets et des zones de distribution restreintes, c'est grâce à Alain Pfirter, le père, que les produits de la marque vont se retrouver partout en France. Mais pas seulement sous leur propre nom. A la différence de son concurrent direct Saphir, Famaco fabrique pour des marques de chaussures comme Finsbury, Emling, JB Martin, Galerie Lafayette, TBS, André... C'est pourquoi, Famaco est le plus gros fabricant de produits d'entretien pour le cuir en France, devant Saphir.

 

La fabrication du cirage Famaco

 

Nous nous entretenons quelques minutes avec Vlassis, le chimiste. C'est lui qui invente, innove, crée des formules uniques, pour tous les produits d'entretien des différents cuirs. Nous discutons laits nettoyants, solvants, les tactiques à adopter pour les cuirs délicats, comme l'agneau plongé. Nous évoquons la gomme à daim et à nubuck. Deux gommes bien différentes conçues et adaptées pour ces deux finitions... On pourrait rester des heures à discuter avec ce chimiste, mais nous sommes impatients de voir la chaîne de fabrication des cires.

IMAG3411-min.jpg

Après avoir passé les différentes zones d'emballage et de stockage, nous arrivons enfin au cœur de l'usine : la fabrication des crèmes de beauté. Et c'est Christian qui nous fait la visite. Avec plus de 35 ans dans la société, il est le gardien des formules des crèmes de cirage. Les anciennes cuves sont toujours en état de marche, « Et pour encore des années... ! » nous lance-t-il. « On a des machines plus performantes pour les grosses quantités, avec plus de rendement. Mais ces cuves-là, sont increvables. Les machines d'aujourd'hui ne sont pas faites pour durer dans le temps. Et puis dans ces vieilles casseroles, on fait se qu'on veut, à la quantité qu'on veut et rapidement. »

 

Tel Panoramix, le druide dans Astérix, les « recettes » de Christian sont secrètes et bien gardées. Mais il nous dévoile quand même quelques secrets. Un cirage est composé de 6 cires différentes (dont celle d'abeille et de cornauba), de quelques solvants pour que la crème se conserve, et... d'eau. C'est tout. Les cires sont coupées et fondues dans des cuves. On y ajoute les différents solvants, et les pigments. Il n'en existe que 6 : le blanc, le jaune, le bleu, le noir et deux teintes de rouge. Avec ces 6 teintes, il décline plus de 120 couleurs différentes ! On rajoute l'eau, et on laisse le tout se mélanger tranquillement pendant environs 2 heures.

 

Vient ensuite, la mise en pot. Plusieurs machines composent le parc de la marque. Pour les petites ou les grandes séries, les pots en 50ml ou 100ml, les flacons, les tubes... Le tout est étiqueté et emballé sur place. Et vous retrouvez ces produits chez votre cordonnier, chez votre chausseur ou en ligne, chez Cirages & Compagnie.

Avant de partir, nous demandons si des nouveautés allaient arriver prochainement. La réponse est oui. Mais on n'en saura pas plus. Le secret reste donc entier. Mais sachez que vous serez les premiers au courant !



- page 1 de 3